Oxmo Puccino & The Jazzbastards - Lipopette Bar (2006)
De source sûre, la cible se trouve au Lipopette Bar. Ce type ignore que je vais l'assassiner, le saigner sans sourciller, rendre sa vie aussi éphémère que la fumée de mon cigare… « C'est une affaire pour Johnny Tiratore », dixit le boss. On me surnomme « One Shot », le crime me colle à la peau comme une paire de menottes. Certains sont violents et vident un chargeur quand ils sont fâchés. Mon style à moi c'est Cohiba et Gomina, pas d'effusion d'sang, pas d'balle gâchée. Je laisse à ma proie quelques minutes de sursis, le temps d'organiser la livraison, via l'Canada, d'une cargaison d'whisky.
« Garçon, la même chose ! ». J'sais même plus à combien de Martini j'en suis. Malgré tout ça, pas moyen d'arriver à éclaircir mon esprit. Ce type a buté ma nana, et ce sans le moindre scrupule. Maintenant j'le vois partout, encore cette putain d'parano qui me manipule. Le groupe de jazz au fond du bar servira p't'etre à m'changer les idées, mais c'est pas gagné, parce que sur la picole ce soir j'ai pas lésiné. Tiens, un MC, ça casse la routine des ptites pépés habituelles. J'me retourne, guette à droite, à gauche, ça commence à devenir un rituel. Attends, j'ai bien vu là ? Ce serait pas Johnny au fond du bar ? Et si enfin, depuis l'temps que j'l'attends, ce serait pas le fameux soir ?
Le métier, c'est se faufiler dans l'ombre, être patient et avoir les dents longues. Observer sa proie comme un félin, visualiser l'espace avant l'exécution, ne pas s'poser d'questions quand chaque goutte de sang versée représente un orphelin. Finalement on est si proche et si différent… Chacun a choisi son camp. On a la même mentalité mais on est opposé par la polarité d'nos sentiments. Ce gars au fond chantonne qu'on peut « à la fois perdre et gagner ». Il croit pas si bien dire et j'anesthésie ma conscience avec des liasses de billets. Combien de fois j'ai « rempli le chargeur avant la roulette russe », fait sauté des voitures, laiss