Noire, noire, noire, deux croches, noire, noire...
Il peut s'en passer des choses en 9:08 minutes, j'ai par exemple compté dix miracles dans l'extrait vidéo ci-dessous, dont j'avais déjà relayé le mirage dans un monde parallèle.
Si l'extrait musical de l'Oiseau de Feu dirigé par son créateur revient sur l'e-tapis aujourd'hui, c'est parce que - outre la fascination qu'exerce Stravinsky sur ma corde sensible - j'y vois l'éclatement d'un mythe, ou plutôt son dépassement. En somme, un petit pas pour Igor et un grand pour Narcisse. Je m'explique : Igor est toujours debout, lui, après s'être confronté à sa terrassante beauté, cet Oiseau de Feu, dont le final est touché ni plus ni moins par la grâce.
La grâce en dix temps donc.
1) Il est 59 sec, le basson les ailes en feu plane sur un tapis orchestre et le phrasé que lui propose Igor flambe la perfection. Le mouvement des doigts sur les doigtés douteux du basson retrouve une logique. Les mains se réconcilient avec les lois de la nature. Ce qui s'envole retombe un jour, ce qui pousse à terre se cueille, ce qui passe au niveau des yeux s'attrape au vol, ce qui frappe fait reculer un peu. Par l'inertie, le porté, la chute libre, l'Oiseau n'a pas besoin de battre beaucoup des ailes, le vent le lève d'un ton quand il le faut, et le porte en haut des quartes et des quintes avec facilité. Son corps fuselé, maintenu déployé suffit à charmer l'air. Pour le reste, il n'a qu'à se laisser chuter jusqu'à d'autres tourbillons. 2) Il est 2:06 min, l'orchestre jaillit, et les cordes réattaquent le sommet de la vague par un soigneux coup d'archet, de ceux qui ramènent à coup sûr les phrasés trop audacieux sur terre. La terre rejointe est embrassée comme il se doit, puis l'Oiseau s'échappe à nouveau. 3) Il est 2:30 min, la vidéo se teinte un peu, une ambiance s'immisce, le plan se serre sur Igor. Son expression, sa musique, le noir et blanc de la vidéo; une mouche passe que l'on dirait Hitchcock. 4) Il est 3:06 min, l'Oiseau-basson n'en finit pas de